Accueil  Hotel   Parlons nos langues   Profils   Cuisine   Insolite   Petit dico Nouchi   Blagues   A propos de nous  Contact
 
Showbiz Actualités Evènements Musique Coin Chic Dossiers À la decouverte de Galerie Photo Vidéo
     
ACTUALITES

Pâques/ fête religieuse ou fête Baoulé ?



Pâques/ fête religieuse ou fête Baoulé ?


La pâque, c’est la plus importante fête chrétienne qui marque la  victoire de Jésus sur la mort, celle qui marque la fin de la souffrance du peuple d’Israël et commémore la résurrection de Jésus-Christ énoncée par la Bible.
Cependant aujourd’hui cette fête juive et chrétienne à aujourd’hui prit une allure des plus traditionnelles que mondaine dans la société ivoirienne en occurrence chez nos parents Baoulé qui en font leur plus grand moment de réjouissance.
La mutation de cet évènement surprend l’opinion au point au nous somme venus à nous poser la question de savoir : la pâque, est-ce une fête chrétienne ou une fête baoulé ?
Pour tenter de répondre à cette interrogation qui constitue le dossier de cette semaine nous sommes évertués à faire une enquête pour en ressortir la meilleure explication possible sur  ce sujet :
- quelles est l’origine et la vision de la véritable pâque ?
- quel est l’origine et  sens de la pâque en pays baoulé
- ressemblance et différence des pâques religieuse et baoulé ?
Les réponses à ces différentes questions, vous les trouverez dans ce qui suit.


Quelles est l’origine de la véritable pâque ?


Pâque juive & Pâques chrétiennes
On distingue la Pâque juive des Pâques des chrétiens : la Pâque juive s'emploie au singulier, les Pâques chrétiennes au pluriel. Au Moyen Âge, on écrivait au singulier ou au pluriel indifféremment pour les deux fêtes. Elles se fêtent à la même époque, au début du printemps mais pas le même jour. Et elles n'ont pas la même signification. Cependant la Pâque juive a largement influencé la célébration chrétienne.


La Pâque juive commence le 15 nissan. Le calendrier juif est lunaire : le mois commence avec la nouvelle lune. Le premier jour du mois de nissan est le 30 mars 2014. Le jour de Pâque correspond au jour de la pleine lune (le jour juif commence à la tombée de la nuit).


Les juifs célèbrent donc Pâque le lundi 14 avril 2014 (au soir). La fête de Pâque dure 7 ou 8 jours après cette date.


Détermination du jour de Pâques


Le jour de Pâques a été fixé lors du concile de Nicée (aujourd'hui İznik, en Turquie), en 325. Le jour de Pâques a lieu le premier dimanche après la pleine lune qui suit le 21 mars.
Pourquoi la pleine lune ? à l'origine, la Pâque est fixée par les juifs au 15 du mois de nissan. Le mois commençant le jour de la nouvelle lune, le 15 du mois correspond alors à la pleine lune.


Pourquoi le 21 mars ? En fait l'équinoxe de printemps était fixé, à l'origine, dans le calendrier julien (établi sous Jules César), le 25 mars (le jour du solstice d'hiver a alors lieu le 25 décembre qui deviendra Noël). Mais à l'époque du concile de Nicée, en 325, on observe que l'équinoxe tombe le 21 mars. La différence de 4 jours s'explique par l'erreur du calendrier julien qui sera corrigée avec l'adoption du calendrier grégorien (l'équinoxe tombe en effet à la fin du Moyen Âge le 11 mars). En réalité, le jour de l'équinoxe varie et peut avoir aussi lieu un 20 mars ou un 22 mars.


L'équinoxe de printemps a lieu le 20 mars 2014 ; la première pleine lune, le 15 avril 2014, et Pâques, le dimanche 20 avril 2014.


Pour l'église orthodoxe, le calcul est différent. D'abord, elle n'a pas reconnu la réforme du calendrier proposé par le pape Grégoire XIII (d'où le nom de calendrier grégorien) en 1582. Il y avait alors un décalage de 10 jours à cette époque, qui s'est accru : il est aujourd'hui de 13 jours. Ce décalage est toujours en vigueur pour calculer la date de Pâques. Pour la célébration de Noël, c'est différent : les orthodoxes russes ont conservé ce décalage et célèbrent Noël le 7 janvier alors que les orthodoxes grecs fêtent Noël, comme les occidentaux, le 25 décembre.


D'autre part, l'église grecque fixe la pleine lune en fonction de calculs réalisés il y a plusieurs siècles et qui ne sont plus exacts. Il y a alors un second décalage : la pleine lune orthodoxe a lieu 4 ou 5 jours après la pleine lune réelle.


En 2014, les églises d'orient et d'occident célèbreront Pâques le même jour (comme en 2011).


À l'origine, la Pâque juive
À l'origine, il existait deux fêtes pour célébrer le printemps :
- La fête de l'agneau pascal : ḥag ha-pessaḥ חג הפסח
C'est une fête pastorale dont l'origine remonte au temps où le peuple hébreu était un peuple de nomades. Le rite du sang a une valeur importante : on prenait le sang de l'agneau pour oindre le pourtour des portes d'entrée de la tente ou de la cabane. C'était un rite de protection pour détourner les mauvais esprits et protéger ainsi la famille.


Le mot pâque désignait ainsi la fête et aussi l'animal que l'on sacrifiait et que l'on mangeait. Ce sacrifice était encore pratiqué au temps de Jésus mais ne l'est plus depuis la destruction du temple de Jérusalem en 70.

- La fête du pain sans levain : ḥag ha-matsoth חג המצות
C'est une fête agricole célébrée par un peuple sédentaire au début de la moisson. Le pain sans levain porte aussi le nom de pain azyme, du grec ἂζυμος de ζύμ (levain)
Dans un second temps, ces fêtes ont été associées à l'exode du peuple hébreu, du grec ἔξοδος : sortie. Selon la Bible, à l'époque des pharaons, les Hébreux vivaient en esclavage en Égypte. L'exode représente la sortie d'Égypte, la libération du peuple hébreu.


Dans la Torah, Dieu annonce le dixième fléau qui allait frapper les Égyptiens : le sang autour des portes était le signe qui allait lui permettre de reconnaître et d'épargner les Hébreux.


Le sang vous servira de signe, sur les maisons où vous serez. je verrai le sang. Je passerai par-dessus vous et le fléau destructeur ne vous atteindra pas quand je frapperai le pays d'Égypte. Ce jour-là vous servira de mémorial. (Exode, XII, 13)


Tu ne mangeras pas du pain levé ; pendant sept jours, tu mangeras des pains sans levain - du pain de misère, car c'est en hâte que tu es sorti du pays d'Égypte - pour te souvenir tous les jours de ta vie., du jour où tu es sorti du pays d'Égypte. (Deutéronome, XVI)


La Pâque est donc devenue la célébration de la libération du peuple hébreu. C'est la traversée de la mer Rouge qui sépare le pays de la servitude de la terre promise. C'est le passage de l'esclavage à la liberté. C'est la renaissance du peuple d'Israël, comme le printemps est la renaissance du printemps.


Pâque, c'est le triomphe de la liberté sur l'esclavage. Pâque, c'est la fête de la libération, la fête de la liberté.


Aujourd'hui, les juifs font une célébration familiale le premier soir : c'est le séder סדר . Et si aujourd'hui, ils ne sacrifient plus l'agneau pascal, le pain sans levain et le vin occupent toujours une place essentielle. Pas question d'avoir du levain chez soi, et encore moins d'en manger, pendant les 7 jours qui suivent la célébration de Pâque.


Sur la table, on réserve une coupe de vin au prophète Élie. Il tient un rôle particulier car l'Ancien Testament raconte qu'il est monté au ciel (sur un char de feu...). Il n'est donc pas mort ! On peut croire à son retour qui marquera le signe d'une ère de paix et d'amour. Cette coupe est une façon de souhaiter la bienvenue à Élie, ou bien à son prochain... Traditionnellement, la porte d'entrée est ouverte ce soir là pour l'accueillir...


Pâques chrétiennes


Les chrétiens célèbrent, à Pâques, la mort et la résurrection de Jésus. Cela s'est passé autour de l'an 30. A cette époque, nombreux étaient les juifs qui allaient célébrer Pâques en pèlerinage à Jérusalem. Ils sacrifiaient l'agneau au temple puis le mangeaient en famille. Jésus fait, lui aussi, ce pèlerinage. Il semble avoir été accueilli en triomphe à Jérusalem. Cependant, son état d'esprit critique envers la religion établie lui attire les foudres du clergé. Il est alors jugé par un tribunal et condamné à être livré aux Romains... pour s'en débarrasser. A cette époque, le gouverneur romain s'appelait Ponce Pilate, homme qui avait la réputation de ne pas être un tendre. Il a fait crucifier Jésus, pour répondre aux souhaits de l'opinion publique, qui se range volontiers du côté de la tradition...
Les rédacteurs des Évangiles ont toujours été influencés par l'Ancien Testament. A la Pâque juive s'est substituée la célébration de la Cène, le dernier repas que Jésus partage avec ses disciples, la veille de son arrestation. C'est devenu le principal rite chrétien.


Pendant le repas, il prit du pain, et après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit, le leur donna et dit: "prenez, ceci est mon corps". Puis il prit une coupe, et après avoir rendu grâce, il la leur donna et ils en burent tous. Et il leur a dit: "ceci est mon sang, le sang de l'alliance..." (Marc XIV, 22)


Cette cène est avant tout une allégorie. L'influence du rite juif est manifeste. Le pain et le vin étaient associés à Pâque avant la naissance de Jésus. À la coupe d'Élie s'est substituée la coupe de Jésus devenu l'agnus Dei, qui prend la place de l'agneau pascal offert en sacrifice. Et l'Ascension de Jésus ne peut que rappeler celle d'Élie...


Aujourd'hui, la mort de Jésus est célébrée le Vendredi saint . Et Jésus est ressuscité le troisième jour, c'est à dire le dimanche de Pâques (dans l'Antiquité le premier jour compte pour un jour : le lundi de Pâques est férié en France mais n'a aucune signification religieuse)


Quand Jésus est-il mort ? les Évangiles se contredisent. Il n'est pas exclu que Jésus ait été crucifié quelques jours après la Pâque juive et non le jour même (comme l'atteste les trois premiers Évangiles) ou la veille (comme le prétend le quatrième Évangile).


Non seulement chaque Évangile présente une version différente des faits, mais encore certains passages ont été ajoutés par la suite: les derniers versets de l'Évangile de Marc n'existent pas dans les premiers manuscrits et le dernier chapitre de l'Évangile de Jean provient d'un autre auteur...


Cependant, la vérité historique importe peu. Le Nouveau Testament donne à la Pâque juive un nouveau sens. La lecture littérale de la Bible permet de croire que la résurrection est l'annonce d'une vie après la mort. La croix devient alors le signe du passage de la vie de servitude à une terre promise... au ciel.


Mais il existe une autre lecture de la Bible. Il ne s'agit pas de prendre la résurrection de Jésus au sens propre mais au sens figuré, non au sens littéral mais au sens spirituel. Ce n'est pas le corps mais l'esprit de Jésus qui est vivant. Éternellement. La croix est le symbole de la résurrection: l'avènement d'une vie où règne l'esprit de fraternité. C'est le triomphe de l'amour sur l'égoïsme. C'est l'espérance d'une vie spirituelle. Ici et maintenant. Et cela dépend avant tout de notre volonté !


Origine et  sens de la pâque en pays baoulé


Pour comprendre le sens et l’origine de cette fête particulière en pays Baoulé nous tirons un extrait de l’interview du doyen des cadre baoulé :  Yobouet Lazare, ancien maire de Diabo (commune qu’il a dirigée pendant 10 ans). Nous signifions que cette entrevue est de Cissé Sindou  du quotidien Nord sud publié le vendredi 02 avril 2010 sur la toile


En Côte d’Ivoire, quand la fête de Pâques arrive, tous les regards se tournent vers le peuple Baoulé qui a donné, à cette célébration chrétienne, une connotation culturelle et traditionnelle appelée Paquinou. Quelle est l’his­toire de cette appellation ?
Je voudrais d’abord vous dire que le mot Paquinou ne vient pas des Baoulé. C’est une expression qui était employée par ceux qui allaient dans leurs villages pendant la période de Pâques. Quand ils parlaient entre eux, ils disaient en Baoulé : « Yé Sou Kô Di Pâques » Ce qui signifie en français : « On s’en va faire la fête de Pâques.» L’expression Paquinou en français ne me plaît pas beaucoup parce que ce n’est qu’une conjugaison qui signifie : « On s’en va à Pâques chez nous.» Pour moi, il fallait dire simplement Pâques. En effet, l’expression Paquinou signifie ‘’pendant la fête de Pâques’’ Ainsi, on pourrait dire : «Paquinou, nous avons beaucoup dansé.» Comme l’expression a été acceptée par tout le monde, on la laisse courir. Sinon, je pense qu’elle n’a pas un sens particulier. Et c’est l’imagerie populaire qui, au fur à mesure, a utilisé cette expression pour désigner la fête de Pâques. Paquinou n’est donc pas un terme créé par les Baoulé pour désigner la fête de Pâques, c’est plutôt un choix de l’extérieur qui l’a fait par abus de langage. Nous l’acceptons.


Comme vous l’avez dit, l’expression Paquinou a été employée par des Baoulé qui allaient célébrer Pâques chez eux. A quand remonte le début de ces voyages ?
A Pâques, il y a un long week-end. Mais, ce n’est pas le seul long week-end. Il y a le long week-end de Pentecôte, etc. Sauf que la fête de Pentecôte se situe en pleine période culturale. A Pâques, nous sommes encore un peu dans la saison sèche. Ce sont les vacances des paysans. Que ce soient ceux restés dans nos villages, ou ceux qui exercent dans les plantations de café-cacao en zone forestière, à l’extérieur de leur terroir. Il n’y a pas de travaux champêtres, ou très peu. Ils peuvent se donner un petit temps de vacances. Au minimum un mois qu’ils vont passer au village. En période de Pâques, les élèves et étudiants sont également en vacances pour une ou deux semaines. Les parents peuvent donc aller au village avec leurs enfants. Et comme c’est un long week-end, tous ceux qui travaillent dans les villes, fonctionnaires ou ouvriers, ont la possibilité d’aller au village. C’est la période idéale pour tous les ressortissants de chacun de nos villages de pouvoir se rendre chez eux et rendre visite aux parents. Puisque nous nous retrouvons, c’est aussi l’occasion d’échanger. C’est l’occasion quelquefois de réveiller certaines funérailles et de les achever. Voilà l’origine de cet engouement des Baoulé autour de la Pâques.


A partir de quelle année, ces mouvements ont-ils pris de l’ampleur ?
Cela remonte aux 30 dernières années. Mais, le phénomène existait bien avant. Les jeunes de nos villages allaient souvent en zone forestière pour y jouer le rôle d’ouvriers agricoles. Ils allaient pour des contrats qu’on appelait ‘’6 mois’’. Souvent, cela durait un peu plus que 6 mois, mais on l’appelait ainsi. Dès que les pluies commençaient, ils partaient travailler dans les champs des propriétaires de plantations. Vers le mois de decembre, après la récolte et la vente du café et du cacao, ils étaient payés et ils rentraient au village, pour ne revenir en zone forestière qu’à la prochaine saison des pluies, c’est-à-dire vers mai-juin. A force d’aller dans les zones forestières, beaucoup ont fini par obtenir des portions de terre pour créer leur propre plantation. C’est ainsi que beaucoup de nos parents ont pu avoir quelques hectares de plantation dans les zones forestières. Dès lors qu’ils ne sont plus de simples ouvriers agricoles et qu’ils sont devenus propriétaires de plantations, ils ne vont plus en zone forestière pour 6 mois. Leurs responsabilités s’étant accrues, ils restent dans leurs plantations. Ils ne viennent plus au village après la vente du cacao ou le payement de leurs salaires, mais au moment où ils savent que le plus grand nombre de ressortissants du village peut être là. Ce mouvement a pris de l’ampleur petit à petit et a explosé durant les 30 dernières années pour les raisons que j’ai citées plus haut.


Ce phénomène a-t-il sa racine dans une zone précise du pays baoulé, ou est-il né de façon générale ?
Il est né de façon générale parce que c’est de façon générale que ce phénomène s’est observé. Mais, si on veut parler de précurseurs, on citera surtout les Baoulé qui sont en zone de savane. C’est-à-dire la région de Bouaké, de Béoumi, etc. Quand je parle de la région de Bouaké, je parle de Diabo, Botro, Bodokro, etc. Pourquoi ? Parce que Sakassou, c’est déjà à la lisière de la forêt. Eux, ils créaient leurs plantations sur place. Yamoussoukro, c’est en pleine forêt. Eux non plus ne bougeaient pas beaucoup pour aller monnayer leurs talents d’agriculteurs ailleurs. Pareil pour M’Bahiakro, Daoukro, Dimbokro, et autres. Il n’y a que nous, ressortissants de la zone de savane, qui bougions beaucoup.


Le contenu de ces retrouvailles a-t-il été toujours celui qu’on connaît, aujourd’hui ?
Au départ, c’étaient de simples retrouvailles et c’est l’aspect festif qui était privilégié. Mais au fur et à mesure que les cadres de ces régions ont commencé à émerger, ils se sont sentis dans l’obligation de conduire leurs villages à un mieux- être. Ils devaient pour cela initier des rencontres, lancer des cotisations. L’Etat, à l’époque, avec les Fonds régionaux d’aménagements ruraux(Frar) aidait les populations à s’équiper en dispensaires, en écoles, centres culturels, etc. Pour amener les populations à montrer leur volonté d’accueillir ces infrastructures, l’Etat leur demandait une petite contribution. Et c’est à partir de ces réunions de Pâques, qu’ont été initiées les cotisations pour faire face à ces dépenses pour des équipements collectifs. Mais, petit à petit, au-delà des équipements de l’Etat, l’on a commencé à penser à la restructuration, la reconstruction et la modernisation des villages. D’où les mutuelles de développement qui ont permis de construire des villages.


Faut-il en déduire que des villages baoulé doivent leur développement aux retrouvailles de Paquinou ?
On ne peut pas dire que cela vient spécifiquement de ces retrouvailles. L’évolution du monde et du pays a été elle-même à la base de ce développement. Avant, nous étions heureux de retrouver dans nos villages des cases en banco, ou, quelquefois, des cases rondes. Ce n’est pas parce qu’il y a des retrouvailles qu’on a senti la nécessité de construire des villages avec des maisons alignées et avec les rues. C’est l’évolution elle-même qui a permis cela. Mais comment allait-on le faire ? C’est à ce niveau que les retrouvailles ont joué un rôle. Elles ont contribué à permettre la réalisation de ce développement.


Pouvez-vous citer quelques exemples de grands projets favorisés par les retrouvailles de Paquinou ?
Chez moi à N’Doumoukro, (sous-préfecture de Diabo) le village était bloqué aux confins d’une forêt clairière. La route interurbaine Bouaké-Mankono en passant par Botro passait par-là. Mais, pour passer du côté droit de la route au côté gauche, où nous avons le nouveau village avec des rues tracées, il a fallu ces retrouvailles qui ont créé des liens de solidarité entre les fils et filles du village. Cela a suscité une espèce de compétition entre les différentes strates des populations. Quand on arrivait, on disait : ceux qui viennent de la ville ont cotisé 2.000.000 ou 3.000.000 de Fcfa. Et quelquefois, les paysans qui étaient venus avec un peu moins que cela, c’est-à-dire un 1,5 million ou 2.000.000 millions, disaient : cette année, vous nous avez battus, mais, l’année prochaine, nous allons vous battre. Cela a permis de réaliser beaucoup de projets. C’est valable aussi bien pour N’Doumoukro que pour beaucoup d’autres villages.


Cette solidarité a-t-elle contribué à la promotion des cadres Baoulé ?
L’exemple que je connais le mieux, c’est celui de Diabo et du peuple Gblo auquel j’appartiens. Nous avons pensé que si nous autres avons relativement réussi à aller loin dans les études, c’est grâce au soutien des parents. Dans notre devoir de reconnaissance, nous avions le devoir de soutenir aussi nos jeunes frères. A l’époque, j’organisais, chaque année, à mon domicile (Cocody-Deux Plateaux), une rencontre avec l’ensemble des étudiants Gblo. On faisait le point pour savoir à quel niveau chacun était dans les études. Et, on se battait pour parfaire la formation de ceux qui étaient en passe de terminer. A moi-même, le président Houphouet avait dit à mon temps : « tu as une licence, mais la licence, ce n’est rien. Il faut qu’on te forme. Tu es économiste, il faut que tu intègres l’administration au niveau le plus élevé.» C’est ainsi que j’ai été envoyé en formation en France et aux Etats-Unis. Donc, à notre tour, nous soutenions nos jeunes frères et nous les aidions à évoluer. Ils sont venus plus tard s’ajouter à nous pour grossir les cotisations. Tout cela a été permis par ces retrouvailles que je considère comme le point de départ de la création de la solidarité dans nos villages, et même en ville.


Parlons du volet culturel et religieux des retrouvailles de la Pâques. On sait que cette fête est avant tout chrétienne. Lorsque les Baoulé se retrouvent à cette période dans leurs villages, consacrent-ils du temps à la religion chrétienne ?
La religion chrétienne évolue beaucoup dans nos régions. Je connais des personnes que je n’avais jamais imaginées un jour dans une église, et qui, aujourd’hui, vont à l’église tous les dimanches en tant que chrétiens. Cela dit, il faut reconnaître que l’engouement des Baoulé autour de la Pâques n’est pas lié à la religion chrétienne. Lorsqu’on se retrouve au village, la célébration religieuse est généralement individuelle. Celui qui est catholique se rend à l’église catholique, conformément à la pratique qu’on connaît depuis des millénaires. Pareil pour les protestants et les adeptes des autres confessions chrétiennes


Est-ce un moment de communication des valeurs culturelles et traditionnelles entre les anciens et les jeunes venus de la ville ?
Effectivement. Nous avons quelques valeurs culturelles qui sont en voie de disparition. Par exemple, dans notre région, nous sommes en train de perdre la danse Goly. Etant donné que tous les enfants vont à l’école, il n’y a plus personne à qui il faut l’enseigner. Nous étions en train de réfléchir à la manière dont le passage de flambeau pourrait se faire de génération en génération. Le Goly, il faut le reconnaître, est d’abord un fétiche. Je ne parle pas de cet aspect cultuel, mais de l’aspect culturel et folklorique. Il y a un certain nombre de choses que nous-mêmes voulons voir disparaître. Dans certaines de nos régions, on pratique l’excision. Cette pratique comporte un aspect culturel très intéressant que nous pouvons préserver, mais elle représente un danger pour la jeune fille. Toutefois, ce sont des choses que nous abordons avec circonspection.

Nous étions en train de faire en sorte que certaines de nos valeurs culturelles ne disparaissent pas. Mais, nous avons deux adversaires. D’abord l’école qui éloigne les enfants de ces traditions. J’ai parlé du Goly. Mais, en dessous du Goly, il y a une autre petite danse pour les jeunes où on se couvre le corps de feuilles de palmier. On l’appelle Kplo. Elle imite un peu le Goly, mais elle est essentiellement culturelle. Aujourd’hui, les enfants qui vont à l’école au village ne dansent même plus le Kplo. Secundo, il y a le fait que, comme les retrouvailles ont pris de l’ampleur, et que nous étions confrontés aux problèmes de developpement, cela a pris le pas sur l’aspect culturel. Mais aujourd’hui, la préservation de la culture est à l’ordre du jour.


On constate une émulation autour de Paquinou. Des retrouvailles et des réunions de développement sont organisées à la même période dans d’autres régions. Comment avez-vous accueilli ce fait ?


Avec joie. Nous nous disons qu’au moins, dans la Côte d’Ivoire tout entière, nous avons posé un acte qui a fait tâche d’huile. Ce n’est pas seulement l’aspect festif qui a créé cet intérêt chez d’autres populations. En réalité, les gens se sont rendu compte que cette opération a donné quelque développement à notre région. En 1984, on a un frère inspecteur de l’enseignement primaire qui a perdu sa mère. Sa mère était de chez nous, et son père d’une autre région que je ne vais pas citer. Quand ses parents paternels et les gens de la localité où il travaillait, dans le centre-ouest, sont venus aux funérailles chez nous, devant ce qu’ils ont vu, ils étaient en train de se dire que c’est Houphouet-Boigny qui a donné de l’argent aux Baoulé pour construire leurs villages. C’était à peu près un mois avant la Pâques. Après un repas, les jeunes gens sont venus me demander l’ordre du jour de la réunion de Pâques. Je leur ai dit que ce sera le point des cotisations. Une banque nous avait prêté de l’argent pour construire des maisons, et il fallait cotiser pour rembourser. Ayant entendu cela, lorsque mes jeunes frères se sont rétirés, un des hôtes a eu le courage de me demander pourquoi il fallait payer. Pour eux, ces maisons avaient été construites par Houphouet. Je leur ai expliqué tout et ils étaient surpris. Houphouet ne pouvait pas trouver de l’argent pour construire tous les villages baoulé. L’année qui a suivi, ces visiteurs nous ont invités à une fête de retrouvailles chez eux. C’est pourquoi je dis que nous sommes contents qu’il y ait une émulation. Nous avons eu du plaisir à savoir que notre action a commencé à faire tache d’huile et que cela va permettre à la Côte d’Ivoire d’avancer un peu plus rapidement.


Ressemblance et différence des pâques religieuse et baoulé 


Qi les dates communes sont un élément qui saute aux yeux ; il y’a beaucoup d e similitudes qu’ils convient beaucoup apprécient. Selon Jean Martial, étudiant en théologie : «  la pâque baoulé comme chrétienne ou juive réunit beaucoup d’hommes qui partagent une même vision ou un même objective. Que l’instant de pâque soit lucrative ou spirituelle il fait converger des individus  en un moment qui reste plus que particulier. » Dans la foulée de notre micro trottoir Mr Guillaume Goba, instituteur nous donne son appréciation : «  il faut dire que c’est par méconnaissance que  certains estiment que la pâques en pays baoulé pourraient avoir des  ressemblance à la pâque chrétienne. Ce sont des hommes disposés en christ qui font la pâque ne  les confondez pas aux fêtards »


Les réactions sur le sujet seront toujours partagés mais ce qui nous est donné de constater c’est qu’en temps de pâques les gares t routières  seront toujours bondés d’hommes  pas toujours pour aller prier le Seigneur mais en tout cas ce sera pour la pâque.


Yves Kacou
akwaba225@gmail.com


 



Source : akwaba.biz
 
Retrouvez ici d'autres articles de la même categorie :
 
Côte d'ivoire: «Gérer les bisi» nouveau modèle de prostitution
 
Condamnées au divorce pour leur infertilité, elles vivent entre détresse et drame (Feature)
 
Pluies diluviennes : Mardi noir à Abidjan
 
LES FILLES D'ABIDJAN : ELLES CHERCHENT GARÇONS AU TÉLÉPHONE
 
Final Miss Côte d’ivoire 2018, Une grande réussite
 
Pluies et responsabilité
 
 
 
 
 
   
 
   
   
    Espace reconmandation
    Votre Nom
    Le(s) adresse(s) mail(s) de vos amis
      *pour inserer plusieurs mails separer les par un espace
       
 
 
Évènements
     

     
    FAITES VOS DEDICACES ICI
     
     
     
     
     
     
     
     
     

    Dédicaces du moment
     
     
    Cliquer sur une dédicace pour écouter la musique qui l'accompagne
     
         
             
    Reseau sociaux
     
       
       
       
     

    Nos partenaires


      

    Nous contacter
    Siège social: Yopougon Face au CHU - Immeubre Baraka - Porte A3
    | Tel: 225 23 45 75 35 | Cel: 225 07 84 55 94| Email : info@akwaba.biz
    akwaba.biz, akwaba.net, version 2.0 tous droits réservés
    Conception et réalisation Technova